Amphibologies -Saida AROUS

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« Amphibologies »

Saida AROUS 

Introduction

            Il s’agit d’une exposition collective du salon annuel des Arts de Sfax dans sa vingt-sixième session, Du 22 février jusqu’au 5 mars 2020. Il  s’agit de cent participations qui représenteraient généralement un amalgame de visuels.

L’artiste s’exprimerait selon plusieurs façons, ce qui laisse les horizons du déchiffrage libres et ouverts. Par ailleurs, l’art visuel ne serait ni une imitation, ni une reproduction du réel, il serait une représentation ambivalente, problématique et interrogative. Il provoquerait l’œil de l’observateur par sa nouveauté, puis il taquinerait la perception et la pensée.

Ce texte portera sur Le contexte « Amphibologies ». Ce dernier désigne l’ambiguïté, le double et la contradiction. Le salon expose des visuels chargés d’oppositions de techniques selon Ordre/Désordre, Transparence/Opacité, Vide/Plein, Continuité/Discontinuité, Souple/Rigide, Lignes/Surfaces. Ce qui me pousse à mettre deux axes de réflexions.

Il y a plusieurs tableaux montrant le chevauchement entre les couches des couleurs, l’enchevêtrement entre surfaces/lignes et entre lignes/lignes. Il s’agit de mettre en question la fluidité du fixe et la rigidité du fluide. Chaque œuvre représente le temps dans son instant durable et inchangeable. Elle est l’espace-temps picturale de l’artiste.

Il y a d’autres œuvres et visuels qui montreraient des fixations d’un assemblage mixte et d’autres qui représenteraient une mobilité visuelle dans la momification du tableau figé.

Ce qui me pousse à mettre en réflexion la fixation des visions hétérogènes et des mobilités visuelles des tableaux fixes. Le temps est plus réflexif. C’est une union des temps qui ne se mélangent pas réellement.

  

  • Fluidité du fixe et rigidité du fluide

 

Olfa GUELDICH a créé une représentation de surfaces de couleurs dominantes. Comme s’il s’agit d’une bataille entre ces surfaces chevauchées, transparentes, fluides et fixées dans une toile de vision durable. La vision est ambiguë. Il me semble que l’artiste nous dévoilerait une représentation des couches en superpositions dont le Fond/Forme est métissé. Il est invraisemblable de vérifier le premier plan de chaque surface des couleurs. Parfois ces surfaces là se dissolvent dans le fond de la toile selon le jeu de l’Ordre/Désordre. L’artiste évoquerait une représentation chargée d’écoulement fluide qui se métisserait spontanément. La vision montrerait le chevauchement hasardeux et spontané/non spontané dans un instant de toile durable guidé par l’artiste.

Olfa, GUELDICH, « Sans titre », Acrylique sur toile, 100 cm * 100 cm

 

Aida, KCHAW, « Flux d’énergie », Technique mixte, 150 cm * 100 cm

Aida KCHAW, montre une contradiction entre la représentation plastique et le titre du tableau. « Flux d’énergie » semble une expressivité de couleurs en mariage ambigu avec les matières collées. Le contexte du mouvement me paraît un moment vaporeux fixé dans une vision durable. Il s’agirait d’un assemblage entre le sable, les pierres et l’énergie aquatique dans un tableau fixe et rigide. Ainsi, les couleurs sembleraient souples, flottantes et fluides chevauchées avec des matières rigides et solides. L’artiste montrerait un espace léger des mouvements de l’eau qu’elle imagine. BUCI-GLUCKSMAN a dit : « Un espace flottant fait de courbures, de volutes et de spirales, qui dessinent des signes abstraits et fluides irréductibles »[1]. Il s’agit d’un rapport instable entre l’instant de l’énergie aquatique et le tangible solide (sable, pierre…). Cette vision représente un espace souple et confus figé. Il s’agit des visions flexibles et branlées où « la science touche à la folie »[2], disait Honoré DE BALZAC. L’eau qui coule représente toujours un espace-temps flou.

La vision réflexive de l’énergie aquatique est un espace virtuel et inaperçu. L’artiste le matérialise. Il devient perçu, selon un temps hors du temps. Le vécu devient également perceptible. Cependant, c’est un espace-temps de plus en plus flux. C’est un temps de vision préalable, un art du temps qui se pulvérise. “Les machines du temps en art impliquent un passage de l’image-cristal analysée par Gilles Deleuze à l’image-flux propre aux écrans et aux devenirs, qui engendrent toute une constellation d’images et de temps”[3]. Ce flux volatile, in-capturé réellement, est capturé imaginairement par l’artiste dans un espace-œuvre durable.

Abdellatif HACHICHA, «إنبثاق », Acrylique sur toile, 100 cm * 80 cm

 

Mourad, HARBAOUI, « Tempête », Technique mixte, 150 cm * 150 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les visuels picturaux

d’Abdellatif HACHICHA et de Mourad HARBAOUI, s’engagent dans les mêmes jeux artistiques, malgré la différence des techniques.

Il me semble qu’il s’agit des superpositions des couches de couleurs selon un ludisme de Transparence/Opacité. Il paraît qu’on est face à des luttes entre plusieurs couches de couleurs qui sont ambigües. C’est impossible de vérifier qu’elle est la couche en premier plan. D’où, il y a un jeu de Fond/Forme. Il dévoilerait un chevauchement amphibologique.

Ce concept est un nom féminin, construction vicieuse qui donne un double sens à une phrase (par exemple : j’ai volé une pomme à ma sœur qui n’est pas bonne). : Équivoque. Amphibologique : adjectif : double sens, ambigu[4].

Ce mot a plusieurs sens profondément entremêlés et sournois dans la grammaire et la philosophie des langues : « Le sens amphibologique renferme ces deux défauts de netteté, louche et équivoque, mais en indiquer la cause. L’amphibologie (mot tiré du grec, ambigu, dérivé, des deux côtés, je jette ; et de parole, discours) est dans une phrase qui peut également servir à énoncer plusieurs sens différents, et que rien de ce qui la constitue ne détermine à l’un plutôt qu’à l’autre »[5].

« « Amphibolia » L’amphibologie a pour division : la proposition ou nom de la lettre, la deuxième proposition au nom de la même lettre d’après l’amphibologie, l’esprit du législateur, l’inclus, l’opposition, la métalepse, la thèse, la qualification et l’intention »[6].

Grâce à ce double jeu équivoque, ces deux créations représenteraient une vibration visuelle malgré la fixation durable de chaque espace pictural.

Bien que ces artistes que je cite, ont représenté spécifiquement, le chevauchement transparent/opaque, entre les surfaces de couleurs. L’artiste plasticienne Henda BOUHAMED, nous montrerait un autre goût différent et chargé de lignes et de couleurs. Ces représentations plastiques exhiberaient une amphibologie visuelle.

La bataille harmonieuse  « Ordre/Désordre », entre ligne/surface, entre collage opaque/ translucidité des couches de couleurs et entre voilé/dévoilé,  représenterait un univers irréel et abstrait de l’artiste. Cet espace pictural figé est bondé de vibration visuelle qui semble mouvante. Ces créations mobiliseraient notre vision, malgré la stabilité rigide du visuel.

Bien que son art soit bidimensionnel, le chargement visuel baroque et étrange de l’œuvre de BOUHAMED, ferait vibrer notre perception. Elle représente des abstractions chevauchées. D’où la vision-temps est hors la réalité horizontale. Ce sont des visuels d’espace-temps verticaux. « L’imagination productrice, capable de sécréter un monde irréel plus réel que le réel simplement perçu, soit un ‘’augmentatif d’être’’. Accroissement d’être qui, dans ce surgissement d’un temps vertical, nous fait sortir de ce lieu géométrique de notre paresse qu’est le temps horizontal » [7]

Yaacov AGAM, a crée une œuvre de perception triple dans un jeu cinétique. Il s’agit de la “double métamorphose III”[8] en 1968 et 1969. C’est un tableau en trois dimensions, peint d’huile sur relief d’aluminium.

Cet artiste joue avec l’illusion optique à partir de ses œuvres visuelles pour ancrer le changement visuel dans ce qui est fixe et figé. Il nous montre que l’œuvre peut se transformer selon nos déplacements, malgré sa fixation. Les couleurs changent, les formes changent malgré les immobilisations. Il s’agit d’un jeu visuel où le mouvement est présent-absent. Il s’agit d’une vision de traces fugaces.

Cette œuvre représente une supercherie visuelle. Il s’agit de trames de lames de trois surfaces colorées, irisées et superposées. Cette superposition crée une hallucination visuelle, lorsqu’il s’agit de se déplacer et de considérer la vision sous plusieurs angles.  La trace de pliage colorante est en création et recréation et en vaporisation visuelle. Les œuvres d’AGAM ne sont pas mobiles, mais la fixation pourrait être dynamique, l’immobile pourrait être mobile. Cette vibration naîtrait du changement du regard porté sur l’œuvre.

L’œuvre d’AGAM est un tissage visuel inexplicable qui renvoie le temps doublement vertical. C’est un temps d’un univers imaginaire. Il est un temps hors de la réalité bien que sa vision soit en corrélation avec le déplacement du spectateur. En effet, le temps du mouvement visuel de l’œuvre est un temps illusoire.

Henda BOUHAMED, « Panorama sur l’urbain », Techniques mixtes sur toile, 120 cm * 90 cmHenda BOUHAMED, « Entre les ponts », Techniques mixtes, 120 cm * 90 cm

 

 

 

 

 

 

Yaacov, AGAM, “Double 

métamorphose III”, en 1968/1969, 124 * 186 cm[9]

L’œuvre est visible de plusieurs côtés.

Yaacov, AGAM, “Double métamorphose III”, en 1968/1969, 124 * 186 cm[10]

La vue de face de l’œuvre

Manel, ALOULOU, « Tissu conjonctif », Techniques mixtes, 100 cm * 70 cm

Il s’agit de voir l’informel. C’est une vision inexistante réellement, une sorte d’abstraction visuelle. D’une autre manière, il s’agit de voir la représentation. La création métissée des lignes souples et fluides avec des surfaces collées, colorées et inexplicables, dévoileraient une sorte d’amphibologies. C’est-à-dire, on observerait une composition ambigüe chargée d’ambivalences malgré sa fixation bidimensionnelle. Les créations de Manel m’incitent à les toucher et à imaginer les techniques utilisées. Son art est une vision trompeuse, c’est une duperie et une supercherie issue d’amphibologie.

Ces compositions semblent fluides et dansantes, malgré que son art soit fixe et durable dans une toile.

L’artiste montrerait que les Êtres humains ou les figurants sont pleins d’art infigurable et microscopique.  D’où, la vision représenterait une contradiction entre les Êtres vivants réels et leurs compositions cellulaires changeantes. C’est un univers brouillé. Autrement dit, il s’agit de montrer un monde abstrait de multiples amphibologies,

            L’artiste plasticienne montrerait un instant de transformation, de changement cellulaire de l’espace scientifique selon une façon énigme et devinette à déchiffrer. C’est un art du doute et du soupçon, un art profondément réflexif.

 Elle dévoilerait une sorte d’entrelacement inexplicable et devinette de la fluidité du fixe et de la rigidité du fluide.

Manel ALOULOU, Tableau de gauche : « Enchevêtrement », Techniques mixtes, 120 cm * 80 cm

 

 

  • Fixations des visions hétérogènes et des mobilités visuelles des tableaux fixes

 

Je cite l’œuvre de Soumaya HAMDENI, en technique mixte. Elle montre que la composition est basée sur l’entrelacement de la dominance des lignes. Ces dernières créeraient la représentation amphibologique. Il s’agit d’une rigidité des lignes géométriques, entrelacées et métissées avec une surface fluide et des lignes blanches de matière souple, mais directionnelles. Ce paradoxe bien chevauché entre surface fluide/ligne rigide, ordre /désordre surface bidimensionnelle/composition en relief tridimensionnelle, évoquerait une ambiguïté réflexive. La plasticienne évoquerait une continuité dans la discontinuité des fils/lignes tracées, et du volume/surface. Elle tisse la peinture en traçant et elle tisse les fils en les cousant. L’artiste assemble le non-assemblé dans la réalité et nous fait dévoiler un mixage imaginaire.

En effet, le vide serait matière et elle matérialise l’immatériel. L’artiste modèle l’espace et elle montrerait que l’absence pourrait être une représentation.

Comme si elle ferait de son univers spirituel un univers d’amphibologie massif selon une fixation des visions hétérogènes.

 

 

 

 

Soumaya HAMDENI, «متناغمة تفاعلات », Techniques mixtes, 70 cm * 60 cm 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fragment de l’œuvre de la plasticienne HAMDENI

Bien que la plasticienne HAMDENI a créé la continuité dans la discontinuité des matériaux utilisés, l’artiste Haifa ABDELHEDI représenterait une fixation hétérogène entre un instant des légumes, des fruits et du résine ou « Epoxy ». Ces matières momifient le changement naturel de ces primeurs. Il me semble que ce n’est ni du recyclage, ni des composants monotones. Il me paraît que l’artiste transformerait la monotonie de la cuisine à une cuisine picturale changeante et artistique. Ainsi, la répétition quotidienne des événements de dégustation seraient des instants de créations multiples, infinies et non-répétitives.

Il s’agit de fixer l’éphémère dans une représentation durable et variée. Cette amphibologie de visions hétérogènes montrerait l’infinité d’espace-visuel dans le temps quotidien et monotone. Ainsi, la monotonie d’action de préparation du dîné … représenterait une infinité picturale figée. Cet univers invisible et imaginaire serait tangible et visible par l’artiste.

Ces œuvres amphibologiques sont de temps anachronique. Cependant, l’anachronisme semble être un temps exotique et bizarre. Il a un caractère d’altérité et d’interaction, malgré l’irruption des temps différents. Il est l’union de plus de deux temps discordants. Je parlerais d’un temps hétéroclite. C’est une impureté du temps.

L’œuvre de l’artiste est de temps anachronique malgré sa fixation dans le temps durable. « L’œuvre d’art, en effet, est essentiellement anachronique. Elle mélange tous les temps : notre temps, le temps de sa production et le temps qui passe entre les deux et qui agit de façon matérielle et mentale »[11]. ABDELHEDI est une artiste créatrice d’une autre représentation d’espace-temps de son univers de cuisine picturale.

Ce n’est ni le Pop Art d’Andy WARHOL, ni la création  des tables culinaires de Daniel SPOERRI.

D’où le Pop Art de WARHOL critique le monde des images. Ainsi, la répétition dans le même pourrait dévoiler la différence dans la même image.

SPOERRI montrerait la monotonie du temps de la dégustation par sa création de multiples installations des tables culinaires. En effet, ni l’installation, ni le temps de l’installation montrerait la même vision. Comme si l’artiste nous fait rappel à un instant déjà passé, mais cet instant-visuel ne se répète plus, malgré la monotonie quotidienne.

 

  

 

Haifa, ABDELHEDI, « Paysage », Techniques mixtes et résine, 120 cm * 90 cm

 

 

 

 

 

 

 

Haifa, ABDELHEDI, « Icônes »,  Techniques mixtes et Epoxy, 150 cm * 90 cm

Daniel, SPOERRI, tableau piège[12]

 

 

 

 

 

 

 

Andy, WARHOL[13]

Passant de l’action de la momification à une autre technique de momification devinette. Ce sont les œuvres énigmes de l’artiste Fatma Zahra HAJJI. J’en constate qu’il y a de la ressemblance et de la différence. Etant donné que, ABDELHEDI, nous montrerait des œuvres durables, hétérogènes et fixes momifiées, HAJJI, représenterait un mariage visuel entre la vision éphémère et ses vêtements colorées et collés dans des verres réfléchissants fixes. Donc la plasticienne HAJJI évoque une œuvre doublement réflexive selon une amphibologie doublement inexplicable aussi. Elle exhiberait une mobilité invisible des miroirs fixes en chevauchement avec un visuel momifié et de temps durable.

HAJJI représente l’univers matériel avec l’univers immatériel. C’est-à-dire, les visions invisibles seraient visibles grâce aux jeux des réflexions miroitantes. D’où, l’espace vide serait matérialisé instantanément. On deviendrait des fantômes enveloppants dans l’œuvre de l’artiste. C’est une mobilité visuelle des tableaux fixes.

            L’artiste invite le spectateur à être dans son œuvre spontanément. Il deviendrait un spectateur-acteur. Il serait un participant à la création. Paul VALERY disait : « Je me voyais me voir »[14].  Le reflet est en changement et en transformation mutuelle. Il dépend de nos positionnements réels, mais ce n’est plus le réel.

Selon GUILLERAULT : “Le miroir, dans le temps de mise en place de l’image du corps, à partir des sensorialités corporelles profondes, sensorialités de l’invisible auxquelles F.Dolto accorde, nous l’avons dit, le crédit d’un plus d’authenticité, par rapport aux miroitements trompeurs de l’illusionnisme moïque”[15].

L’artiste dévoile l’univers voilé selon une duperie visuelle réflexive.

Il s’agit d’une théâtralisation virtuelle et dépendante de nos déplacements dans le réel. On deviendrait des réflexions silhouette-temps. Nos émotions se dévoilent selon une représentation invisible-visible. Ce qui est intérieur en moi, le côté psychique en moi s’extériorise. Les verres tangibles représentent mon corps physique et mes émotions. Riadh BEN REJEB : « Le sujet…voit dans le miroir plus que le reflet fidèle de la forme de son corps et de son visage. Le sujet qui se regarde dans le miroir voit la projection interne-externe d’une perception de soi »[16].

La plasticienne HAJJI a réussi à faire appel à la contemporanéité grâce à ces créations de visions fantomales. Il s’agit d’une union amphibologique et inexplicable. Elle unie le non-uni réellement. Elle assemble le temps du passé figé avec des visions mercureuses et volatiles.

Le vide se matérialise, l’espace s’enveloppe et change mutuellement. L’absence serait présence. On aperçoit une présence visuelle qui est due à une absence. En effet, grâce à nos déplacements et nos changements de positions, on observerait de nouvelles visions réfléchies tandis que d’autres visions disparaissent constamment.  Selon Florence DE MEREDIEU: « Ce n’est plus le plein qui compte mais le vide, l’objet mais sa trace… la présence mais l’absence »[17]. Ce sont des visions- éphémères et  fantomatiques.

Ces visions s’entrelacent avec une présence massive (vêtements tracés de couleurs). Il s’agit d’un métissage de temps anachronique. L’œil du participant est plus actif. Il serait un œil qui cogite. Fatma nous évoquerait un art multi-sensoriel. Il unit le mouvement, la perception et la massivité tactile.

Elle dévoilerait un espace-temps haptique et fugace chevauché avec ses vêtements de traces colorées. Il s’agit d’un ludisme de doubles traces contradictoires.

 

 

 

 

 

 

 

Fatma Zahra HAJJI, « Trace (2) », Momification, 40 cm * 40 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

            L’exposition du salon annuel montrerait plusieurs créations bourrées d’amphibologies. Il y a des visuels qui représenteraient le chevauchement des surfaces d’une façon incertaine et ambigüe. D’autres créations montreraient le métissage entre lignes et surfaces et d’autres dévoileraient l’enchevêtrement entre les lignes souples/rigides. On parle ici de la fluidité du fixe et de la rigidité du fluide. Ces créations montreraient un espace pictural de temps durable et momifié.

Dans une deuxième partie, j’ai parlé de la fixation des visions hétérogènes et de la mobilité visuelle des tableaux fixes. Cette dernière montrerait l’union des temps anachroniques inexplicables. Ce qui mène à parler de l’esthétique de l’éphémère dans ce jeu des traces du passé et des traces fugaces.

En guise de conclusion, l’art est un mensonge représentant la fantaisie et le rêve qui nous font vivre la joie instantanée. Je souligne que le parcours de la création est un refuge  d’affection et de joie qui pourrait être éternel malgré l’instantanéité de l’art. C’est une métaphysique au-delà du sensible, bien qu’elle soit en lien avec la représentation plastique de l’artiste. C’est onto-théologie esthétique d’un support de réflexion. C’est un va et vient entre souffrance et jouissance, dans le but d’atteindre l’extase : “L’art, entendu comme pratique affective …, considéré aussi bien du côté de l’artiste que de celui qui jouit de l’œuvre achevée, est l’actualisation par laquelle s’accroît le mouvement éternel de la vie œuvrant invisiblement au sein de son immanence radicale. L’art révèle ainsi de la vie la teneur intrinsèquement esthétique, parce que pathétique”[18].

            Il me semble que la création artistique a besoin d’être vue et exposée face à des publics différents à chaque fois. Leurs déplacements sont différents, leurs visions et leurs pensées sont différentes aussi. Le rêve de l’artiste, invisiblement représenté, pourrait être interprété autrement avec le public ou le spectateur-participant. La représentation artistique resterait toujours vierge malgré la participation des publics. Ainsi, le rêve ne serait plus individuel, il réside dans l’interaction avec l’autre. La vision picturale est toujours en remise en question dans la manière de voir le monde différemment et au-delà. Le rêve est toujours ambigu car il est divers d’une personne à une autre.

Bibliographie

Ouvrages

  • ATHARI NIKAZM, Marzieh, Thèse, « Vision, Passion, Point de vue : un Modèle sémiotique chez Paul Valéry », Université paris 8 – Vincennes – Saint-Denis, Paris, 2006
  • BEN REJEB, Riadh, « De l’image à l’imaginaire », Edition R.M.R, Tunis, 2009
  • BUCI-GLUCKSMANN, Christine, « La folie du voir, Une esthétique du virtuel », Edition Galilée, Paris 2002
  • BUCI-GLUCKSMAN, Christine, « L’Esthétique du temps au Japon du zen au virtuel », Edition Galilée, Paris 2001
  • DE MEREDIEU, Florence,« L’histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne », Bordas cultures Paris 1994
  • DIDI-HUBERMAN, Georges, LAURENT MANNOUNI, BALZAC, « Théorie de la démarche (1833), p27, ‘’Mouvement de l’air, Etienne-Jules Marey, photographe des fluides’’, Edition Gallimard/ Réunion des musées nationaux, 2004
  • GUILLERAULT, Gérard, “Les deux corps du Moi, schéma corporel et image du corps en psychanalyse”, Edition Gallimard, Paris, 1996
  • JDEY, Adnen, et KÜHN, Rolf, “Michel Henry et l’affect de l’art, recherches sur l’esthétique de la phénoménologie matérielle, précédé de ‘peindre l’invisible’ par Michel Henry”, Edition, BRILL, https://books.google.tn/books?id=2G_Fa3A9uyAC&pg=PA62&dq=%C3%A9ternel+en+art&hl=fr&sa=X&ved=0 le 25/10/2017
  • MONTEMONT, Albert, « Grammaire générale ou philosiphie des langues, Volume (2) », Tome deuxième, Paris, 1845,

 https://books.google.tn/books?id=go5DAAAAcAAJ&pg=PA233&dq=art+amphibologique  le 28/2/2020

  • PATILLON, Michel, « Hormogène L’art rhétorique », Edition HERMOGENE, https://books.google.tn/books?id=XSpy7WozWFgC&pg=PA206&dq=art+amphibologique&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjItefYxPbnAhWsUBUIHSdkCOAQ6AEIPzA le 28/02/2020
  • RIBON, Michel, « A la recherche du temps vertical dans l’art, essai d’esthétique », Edition, Kimé, Paris, 2002
  • RIEBER, Audrey, ’’ Art, histoire et signification: Un essai d’épistémologie d’histoire de l’art’’, Edition, L’Harmattan, Paris 2012

https://books.google.tn/books?id=p9vEQlh9HMYC&pg=PA18&dq=anachronisme+en+art+et+temps&hl=fr&sa=X&ved

=0CCMQ6AEwAmoVChMI  10/06/2015

Dictionnaires

 

  • Dictionnaire Larousse de Français : Larousse-Bordas, France, juillet 1997

 

Site Web

[1]Christine BUCI-GLUCKSMAN, L’Esthétique du temps au Japon du zen au virtuel, Edition Galilée, Paris 2001 p. 99

[2]Georges DIDI-HUBERMAN, LAURENT MANNOUNI, BALZAC, Théorie de la démarche (1833), p27, ‘’Mouvement de l’air, Etienne-Jules Marey, photographe des fluides’’, Edition Gallimard/ Réunion des musées nationaux, 2004 p. 175

[3]Christine, BUCI-GLUCKSMANN, La folie du voir, Une esthétique du virtuel, Edition Galilée, Paris 2002, p. 230

[4]Dictionnaire Larousse de Français : Larousse-Bordas,  France, juillet 1997 P 47

[5]MONTEMONT, Albert, « Grammaire générale ou philosiphie des langues, Volume (2) », Tome deuxième, Paris, 1845, P 233 https://books.google.tn/books?id=go5DAAAAcAAJ&pg=PA233&dq=art+amphibologique  le 28/2/2020

[6] Michel, PATILLON, « Hormogène L’art rhétorique », HERMOGENES, P206 https://books.google.tn/books?id=XSpy7WozWFgC&pg=PA206&dq=art+amphibologique&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjItefYxPbnAhWsUBUIHSdkCOAQ6AEIPzA le 28/02/2020

[7] Michel, RIBON,  A la recherche du temps vertical dans l’art, essai d’esthétique, Edition, Kimé, Paris, 2002 p 26 et 27

[8] https://www.youtube.com/watch?v=U68zWYgEOJk (la vidéo), 1/6/2016

[9]https://www.google.tn/search?q=Yaacov+Agam,+Double+m%C3%A9tamorphose+III,+1968-69&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ved=0ahUKEwj (le 1/6/2016)

[10] https://www.flickr.com/photos/24292879@N06/7102618777 (le 1/6/2016)

[11] RIEBER, Audrey, ’’ Art, histoire et signification: Un essai d’épistémologie d’histoire de l’art’’, Edition, L’Harmattan,  Paris 2012, p 18

https://books.google.tn/books?id=p9vEQlh9HMYC&pg=PA18&dq=anachronisme+en+art+et+temps&hl=fr&sa=X&ved=

0CCMQ6AEwAmoVChMI__TyiPyDxgIVA1UUCh3kTAD0#v=onepage&q=anachronisme%20e

n%20art%20et%20temps&f=false 10/06/2015

[12]https://images.search.yahoo.com/yhs/search;_ylt=AwrCmnq9OF1eAGcAPxMPxQt.;

_ylu=X3oDMTByMjB0aG5zBGNvbG8DYmYxBHBvcwMxBHZ0aWQDBHNlY

wNzYw–?p=daniel+spoerri+art&fr=yhs-iba-1&hspart=iba&hsimp=yhs-1&guce_referrer=aHR0cHM6Ly9zZWFyY2gueWFob28uY29t le 02/03/2020

[13]https://images.search.yahoo.com/yhs/search?p=POP+ART+ANDY+

WARHOLphoto&fr=yhs-iba-1&hspart=iba&hsimp=yhs-1&imgurl=http%3A%2F%2Fwww.scrapnframes.com%2FSITE_EN

%2FPAINTINGS%2F

GALLERY%2Fimages%2FWarholPopArt_img%2Fwarhol_Marylin_medium. Le 02/03/2020

[14] Paul, VALERY, cité par Marzieh, ATHARI NIKAZM, Thèse, Vision, Passion, Point de vue : un Modèle sémiotique chez Paul Valéry, Université paris 8 – Vincennes – Saint-Denis, Paris, 2006, p 190

[15] Gérard, GUILLERAULT, “Les deux corps du Moi, schéma corporel et image du corps en psychanalyse”, Edition Gallimard, Paris, 1996, p 255

[16] Riadh, BEN REJEB, De l’image à l’imaginaire, Edition R.M.R, Tunis, 2009, P 132

[17] Florence DE MEREDIEU: L’histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Bordas cultures Paris 1994, p 368

[18] Adnen, JDEY et Rolf, KÜHN, “Michel Henry et l’affect de l’art, recherches sur l’esthétique de la phénoménologie matérielle, précédé de ‘peindre l’invisible’ par Michel Henry”, Edition, BRILL, p 62 https://books.google.tn/books?id=2G_Fa3A9uyAC&pg=PA62&dq

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fr&sa=X&ved=0ahUKEwjo6cemq47XAhVGIMAKHRWIC44Q6AEITTAI#v=

onepage&q=%C3%A9ternel le 25/10/2017

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جمال قصودة شاعر تونسي ، أصدر كتاب " الغربة و الحنين للوطن في شعر سعدي يوسف " دار القلم ،تونس 2015، مدير الموقع و رئيس جمعيّة المواطنة الفاعلة ( مقرّها ميدون جربة ،تونس ) وهي الجمعيّة الراعية للموقع .

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